En 2001, dans Flash sur les livres de photographie pour enfants, j’insistais sur l’originalité et la beauté de Is it hard , Is it easy ? – texte de Mary McBurney Green (1896-1985), pédagogue et autrice de littérature de jeunesse américaine, images de Len Gittleman (1932-1922), photographe, cinéaste et plasticien américain, un album paru en 1960, chez Young Scott Books à New York. Je l’apparentais au superbe The Shadow Book – également paru en 1960, texte de Beatrice Schenk de Regniers, photos d’Isabelle Gordon. C’est dire si je suis heureux de découvrir la version française que les éditions MeMo publient ce printemps.
Comme le titre l’indique, la construction de Facile ou Difficile ? repose sur une constatation simple : ce qu’un enfant est capable de faire, un autre éprouve des difficultés à le réaliser. Nous sommes dans la mouvance de l’école expérimentale de Bank Street qui privilégiait « l’ici et le maintenant », préconisant le respect du rythme individuel dans les apprentissages, de façon à développer chez chacun la confiance en soi.
Quatre enfants sont photographiés en pleine action, deux filles, deux garçons. Si Bill grimpe dans l’arbre avec aisance, Tim reste coincé dans les branches du bas. Par contre, alors que Tim sait faire un cumulet (1), Bill n’y arrive pas ! Autre exemple : impossible pour Ann de nouer ses lacets, ce que fait Sue sans difficulté, elle qui prend en main insectes ou vers, ce que ne peut supporter Ann.
Et les dernières pages de l’album de conclure que par-delà, il y a des choses faciles que tout le monde peut faire en s’amusant, et que si d’autres sont difficiles à faire seul, ensemble on arrive à les faire.
Recourir à la photo, c’était – croyait-on à l’époque – créer un effet de vérité. Le réalisme photographique garantissait la véracité du texte. Si cet album fascine autant ici, c’est parce les clichés de Len Gittleman transcendent le réalisme et atteignent un au-delà de la photographie. Le noir intense qu’émaillent quelques reflets de lumière, obtenu à la suite de manipulations chimiques, transforme Bill, Ann, Tim et Sue en silhouettes. Celles-ci se découpent et s’animent sur la page devenue écran d’un théâtre d’ombre. En privilégiant la forme, la silhouette traduit la gestuelle des enfants avec une intensité maximale. On ajoutera que la typographie est colorée : du marron clair, également utilisé quelquefois comme fond de page, comme accessoire ou élément de décor, une balle, des outils, des bulles de savon…
Une postface de Laurence Le Guen raconte « la longue quête qui a permis cette réédition ».
(1) « cumulet » est largement utilisé en Belgique pour désigner « galipette ». Je ne résiste pas au plaisir d’en donner la traduction wallonne encore en usage « couperou ».
Michel Defourny


