Nicolas Jolivot, Voyages dans mon jardin – HongFei Cultures 2021

Pendant 30 ans, Nicolas Jolivot a parcouru le monde. Il en a rapporté de fabuleux carnets, mêlant dessins croqués sur le vif et réflexions. A titre d’exemple, on pourra relire la chronique que Chantal Cession a consacré à Chifan ! Manger en Chine, paru en 2020, aux éditions HongFei Cultures (1).  En février 2019, avant que la pandémie nous contraigne à la sédentarité, Nicolas Jolivot avait décidé de faire une pause « en l’automne de son âge » et d’explorer son environnement proche. Pendant deux ans, il a fréquenté assidûment son jardin, en Pays de Loire. Dans son dernier livre nous le découvrons de mois en mois. Superbes images dans un épais volume de plus de 200 pages. S’il prétend que son jardin est ordinaire, n’en croyons rien ! Plantes potagères et aromatiques y poussent en abondance, poireaux, persil et ciboulette, pommes de terre et radis, échalotes et carottes…  tandis qu’y murissent groseilles à maquereaux, fraises, abricots, prunes, pommes et poires. J’y ai dénombré quatre-vingt-six plantes d’agrément, du muguet à la nigelle des champs, de la glycine au muflier, de l’iris au dahlia. Je n’ai pas compté les sauvages et les vagabondes qui s’y bousculent. Tout comme lui, j’aime la fleur du liseron qui le fascine depuis l’enfance. Tantôt à quatre pattes il a épié les insectes, tantôt à l’affût durant de longues minutes il a suivi le vol des oiseaux et écouté leurs gazouillis. Un soir, ce sont quatre jeunes hérissons qui l’ont ravi. Une autre fois, c’est avec une épuisette qu’il a repêché une crapaude, qu’il appelle « mémère », tombée dans un bassin aux parois lisses. Il se sent si proche de certains habitants du jardin qu’il use parfois de prénoms pour souligner la complicité qu’il entretient avec eux ! Il nomme son ami le rouge-gorge, Jean-Noël. Et comme le merle au plumage noir lui fait penser par son comportement macho aux acteurs de vieux films italiens, il l’a baptisé Tino.

Parallèlement, Nicolas Jolivot retrace en conteur l’histoire du jardin et de ses propriétaires successifs depuis 1821, date de sa création. Parmi ceux-ci, il évoque la figure de son grand-père dont il dessine le portrait en joueur de football d’après une photographie ancienne. Son admiration est grande à l’égard de ce jardinier modèle qui bêcha, bina, sarcla, sema, planta, tailla et configura ce lopin de terre avec lequel il faisait corps.

Par-delà la narration qui entrecroise passé et présent, par-delà la beauté des illustrations, l’ouvrage de Nicolas Jolivot peut être considéré comme une encyclopédie des jardins  à picorer au fil d’une lecture vagabonde. Chaque plante, chaque insecte, chaque animal est non seulement nommé en français et en latin, mais l’auteur explique, éclaire, commente, rassure, conseille… Ainsi vous apprendrez qu’il ne faut pas craindre le vacarme provoqué par l’abeille charpentière, elle est inoffensive ; vous apprendrez que pour se défendre des bestioles ennemies, l’asclépiade sécrète des composés volatils pour attirer des bestioles amies qui viendront dévorer les premières ; vous apprendrez, si vous ne le savez déjà, que le latex de la grande chélidoine soigne les verrues !

Au terme du parcours, Nicolas Jolivot, fidèle à lui-même, qualifie son livre de « carnet d’émerveillement » et l’on partage son avis.

(1) en date du 26 août 2020

Michel Defourny

 

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