Maya Angelou, Jean-Michel Basquiat, La vie, même pas peur – Cotcotcot 2026 [trad. Lisette Lombé, Julie Lombe, Joëlle Sambi]              

Aux yeux de Sara Jane Boyers, photographe américaine et artiste aux multiples facettes, quoi de mieux qu’un album pour enfants pour faire découvrir à un large public l’oeuvre du peintre Jean-Michel Basquiat et susciter un intérêt accru pour les arts.

« Depuis longtemps, j’étais fascinée par les tags colorés qu’il avait graffés en plein coeur de New York, par l’influence profonde de ses origines multiculturelles et par sa faculté à tisser des récits variés sur une même toile« , confie-t-elle à Odile Flamant qui dirige les éditions Cotcotcot.

Encore fallait-il trouver le texte « parfait » pour accompagner les tableaux et dessins de l’artiste dont une part de l’oeuvre dénonce la violence dont est victime la communauté afro-américaine. Au cours de ses recherches, Sara Jane Boyers se souvint du poème  Life Doesn’t Frighten Me écrit par Maya Angelou. Figure presque mythique aux Etats-Unis, Maya Angelou (1928-2014)  fut à la fois poétesse, romancière, dramaturge, actrice, danseuse, enseignante et  militante des droits civiques. On se souvient sans doute de sa participation à la cérémonie d’investiture du Président Bill Clinton en 1993 et de l’hommage que lui rendit Barack Obama en 2011, en lui remettant la Médaille présidentielle de la Liberté.

Dans La vie, même pas peur (1), extrait du recueil intitulé And Still I Rise – Et pourtant je m’élève – paru à New York en 1978, une voix forte se fait entendre, celle d’une gamine sur laquelle la peur n’a pas de prise. Et cette enfant de défier les peurs enfantines. Peur des chiens qui aboient, des fantômes qui hantent les nuits, des sorcières enragées, des inconnus dans le noir, des garçons crétins qui tirent les cheveux des filles… Envoûtante est la correspondance entre le déchaînement des couleurs et des traits qui caractérisent les images cauchemardesques de Basquiat –  corps écorchés, figures grimaçantes, visages balafrés – et les affirmations fracassantes mises dans la bouche d’une fillette qui symbolise la résistance et la confiance en soi face aux vicissitudes de la vie.

Jamais édité en français (2), l’album est enfin publié cette année par la maison Cotcotcot dans une traduction de Lisette Lombé, Julie Lombe et Joëlle Sambi, trois poétesses belgo-congolaises « militantes afroféministes » qui se sont principalement fait connaître, à travers la pratique du slam. C’est dire que leur traduction restitue la dimension déclamatoire et musicale du texte dont elle ont conservé le rythme, la spontanéité et la fulgurance des mots. Et pour parfaire le tout, ces mots sont écrits dans des caractères « typograffés », une police qui a pour nom inkyflutterby.

Des informations sur Maya Angelou et Jean-Michel Basquiat, de même qu’une postface de Sara Jane Boyers complètent cette remarquable édition.

Michel Defourny

(1) Ce poème a été traduit une première fois en français par Santiago Artozki, sous le titre La vie ne me fait pas peur, chez Seghers, en 2022.
(2) L’album a été édité aux Etats-Unis par Sara Jane Boyers en 1993 et a fait l’objet d’une édition anniversaire en 2017.

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