Mota, c’est d’abord une petite forme arrondie, lancée par une main anonyme au début du récit. Une chose propulsée dans les airs, qui semble voler, tournoyer avec légèreté, un peu vaciller… jusqu’à trouver son équilibre et prendre forme humaine, une fois flanquée d’une paire de bottes rouges et pourvue d’une petite tête à chignon. Ainsi prend vie la dénommée Mota, parée pour entamer sa longue marche, son infinie quête.
Sous la plume de Julia Billet, Mota incarne une toute petite dame, qui semble un peu ailleurs… dotée de « doigts tout tordus », de « poches sous ses yeux » et « des rides comme des rivières ». Elle nourrit une passion, qu’elle n’a de cesse de cultiver : amasser, recueillir et collectionner des cailloux de toutes sortes, qui représentent à ses yeux autant de « trésors de pierres, (…) trésors de paix ». Peu importe leur forme, leur aspérité, leur caractère même, elle les chérit sans distinction et ne se sépare d’aucun : « Ils sont tous là pour Mota / Et Mota est toujours là pour ceux / Qui ne la quittent pas ».
Au fond, Mota et les cailloux ne semblent former qu’un. Ils cheminent ensemble, traçant une grande histoire : celle de la vie, du sens personnel qu’on choisit d’y insuffler, de l’ardeur qu’on met à l’animer. Leur fusion se concrétise sous la forme d’un « tout petit caillou qui tourneboule » dans la tête de la « si vive et si drôle » Mota. Une fusion qui se prolongera au moment du grand envol de la petite personne vers l’au-delà : si, durant son existence, les cailloux auront rempli ses mains, ravi son cœur, habité ses poches, épousé son espace, c’est un rocher qui fera irruption pour accompagner la défunte. Un grand volume minéral qui y est dit beau et doux.
Beau et doux… comme l’est cet album paru aux éditions Esperluète. Qui regorge d’une profonde poésie, née de l’alliage de mots de Julia Billet et des compositions imagées de Frédérique Bertrand. Les phrases, débarrassées de ponctuation, ricochent entre elles avec une liberté qui ressemble à celle de Mota. Leur répondent les variations crayonnées et peintes, rehaussées de collage, composant un univers graphique empli de tendresse et de singularité.
Mota, un album intemporel, à hauteur d’enfant comme d’adulte. Qui parle de cailloux, de cheminement, de façon d’être au monde, d’attachement et de disparition. Le tout est insufflé de joie et de grâce.
Brigitte VdB


