C’est l’histoire des Ons, de sacrés petits bonshommes qui vivent au bord d’un lagon, dans leur belle construction. Ils y coulent des jours heureux, sans nuage à l’horizon. Enfin… jusqu’à ce que, saison après saison, les constructions s’agglutinent autour de leur maison, au point de ne plus voir « le bout de leur menton ». Il faut alors se réunir et répondre à une grande question : « Est-ce que nous restons ? ». La réponse fuse : « NON ! ». Commence alors une grande pérégrination à la recherche d’une nouvelle habitation.
Dans Cam et les Ons, Jeanne Verlhac joue avec les mots, les sons et les images pour composer un petit monde rempli de détails aussi drôle qu’inventif. Tout, ou presque, semble ici se décliner en « on », par une succession de rimes et de vocalises qui donnent au récit une musicalité joyeuse et comique, tout en faisant de la nécessité de faire ensemble, coute que coute, un véritable moteur de l’histoire. Les Ons, petits personnages tout en rondeurs et en expressions, semblent toujours prêts à inventer de nouvelles solutions.
Leurs aventures n’ont pourtant rien d’anodin. Derrière cette drôle d’histoire de déménagement se glissent des questions bien réelles : que devient-on lorsque notre environnement se transforme ? Comment le lieu que l’on habite bouleverse notre manière de vivre ? Jusqu’où peut-on construire sans faire disparaître ce qui existait avant ? Et que signifie partir lorsqu’on ne peut plus rester chez soi ? Sans jamais appuyer son propos, le livre fait ainsi résonner les enjeux de la bétonisation, de la migration et du vivre-ensemble.
À la gouache, Jeanne Verlhac compose un univers aux couleurs vives et aux formes graphiques où la nature n’est pas un simple décor : elle accompagne l’histoire, évolue avec les personnages et participe pleinement à leur aventure. On retrouve dans cet univers les inspirations de l’autrice, au travers de son goût pour les couleurs franches et les personnages singuliers, qui peut évoquer Sam et l’ombre d’Adèle Verlinden, tandis que la question de l’acceptation de l’autre fait écho à Chien Bleu de Nadja. Les personnages loufoques ne sont pas non plus sans rappeler ceux d’Antoon Krings.
Mais ce qui fait surtout le charme de Cam et les Ons, c’est peut-être cette façon de parler de choses sérieuses sans jamais perdre le sourire et le plaisir du jeu. Les Ons partent, cherchent, rencontrent, s’adaptent. Et continuent, malgré tout, à faire chanter le « on ».
Un petit peuple de bonshommes toujours heureux et bienveillants, pour une histoire qui, mine de rien, pose une grande question : quand le monde autour de nous change, comment inventer ensemble un nouvel endroit où habiter ?
Noémie Toth


